Une nouvelle culture du virtuel, menaces ou opportunités ?


Depuis plusieurs années, quelques séminaires, formations ou conférences, auxquelles j’ai assisté ou participé, jalonnent indubitablement mon cheminement dans l’usage des technologies au service de la pédagogie.

Après avoir assisté, l’année dernière, à une conférence de Marc Halévy au cours de laquelle il nous avait proposé sa vision de la formation pour demain, la conférence de Serge Tisseron, ce lundi, avait pour objectif de nous faire percevoir les bouleversements culturels et psychologiques engendrés par les nouveaux usages technologiques.

Serge Tisseron, Psychiatre, psychanalyste et Directeur de recherches à l’Université Paris X, s’intéresse à divers sujets dont, notamment, les secrets de famille, l’impact des images et des médias sur le développement psychique et bien entendu les nouvelles technologies.

Voici quelques années, il fut à l’origine d’une pétition pour inviter les pouvoirs publics à prendre des mesures contre les dangers de la télévision pour les bébés jusqu’à l’âge de 3 ans.  Cette action a enfin été entendue et prochainement les télévisions françaises diffuseront de l’information à ce sujet.  Actuellement, il nous propose la règle 3 – 6 – 9 -12 :

  • pas de télévision avant 3 ans afin de favoriser le développement des croisements cérébraux qui découlent d’une multisensorialité lorsque l’enfant joue
  • pas de console avant 6 ans pour un meilleur développement de l’usage des mains (manipuler autre chose que 2 boutons !)
  • pas d’Internet avant 9 ans
  • l’Internet accompagné avant 12 ans

Malgré cette proposition de règles assez « strictes », Serge Tisseron ne se présente pas comme un adversaire des nouvelles technologies, bien au contraire.  Il tient à nous faire prendre conscience du bouleversement culturel actuel qui engendre de nouveaux concepts qualitativement différents : l’ancienne culture n’est pas meilleure que la nouvelle ou inversément.

Le changement culturel actuel est induit en grande partie par notre rapport aux images.  Nous sommes confrontés dès notre plus jeune âge à ces images.  L’enfant est d’abord l’objet de l’image.  Il est photographié ou filmé régulièrement.  Nos grands-parents ne se voyaient en général qu’au travers du miroir (image inversée); sur les photos, ils leur arrivaient de ne pas se reconnaître.  Par contre, nous sommes de plus en plus face à notre image au travers des photos ou des vidéos.  Les apparences sont multiples; l’adolescent est confronté à une multiplicité d’identités.  Il a souvent plusieurs blogs, plusieurs avatars.

Sa relation aux autres en est profondément modifiée.  Il a besoin de tester ses identités pour découvrir laquelle de celles-ci le socialise le plus.  Il en vient donc à rendre public des parties de son intimité pour obtenir en retour le « regard » ou le jugement des autres : quelle valeur accorde-t-on à ses vidéos, ses textes… ?

Cela peut évidemment aboutir à un besoin d’être remarqué (effet de buzz).  L’engagement ou le désengagement peut se faire d’un simple clic.  Serge Tisseron attire notre attention de parents et d’éducateurs sur le risque d’attribuer trop rapidement des étiquettes à ces adolescents.  Il est important de comprendre que chacun d’eux teste différentes identités.

A suivre… la relation à la connaissance et aux images

Comments
One Response to “Une nouvelle culture du virtuel, menaces ou opportunités ?”
  1. Caroline Baillez dit :

    Personnellement je ne serais pas aussi affirmative que Serge Tisseron. Ma fille a démarré sur un pc à moins de trois ans et la difficulté première pour un très jeune enfant c’est d’abord la coordination oeil/main et réaliser que le mouvement du curseur à l’écran est lié aux déplacements de la souris. Sinon, ses premiers apprentissages sur un pc se sont très naturellement inscrits dans son développement général, y compris le jeu sur console. Mais il est vrai qu’une telle éducation la met en porte-à-faux vis-à-vis de l’enseignement qu’elle reçoit à l’école, fort basé sur la lecture/écriture sur feuilles, peu individualisé, avec nécessité de se concentrer sur le discours du professeur (sans possibilité de réécouter ou de revoir le cours comme cela est possible sur un pc). La manière d’apprendre est effectivement très différente : apprentissage linéaire basé sur des supports différents de ceux qu’elle utilise à la maison et qui fait appel à d’autres compétences comme le signale bien l’auteur.
    Je note aussi que la technique qu’elle utilise pour rechercher des informations sur le net est différente de la mienne : elle utilisera beaucoup plus volontiers Google image ou Youtube, trouvera des vidéos explicatives plutôt que du texte.

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