L’éducation et la formation de demain : développer aussi le cerveau droit !


Dans un article précédent, j’avais évoqué la conférence donnée par Marc Halévy au salon Epsilon en 2008.  A l’époque, j’en avais fait la synthèse dans un article sur Facebook puisque je ne disposais pas encore de ce blog.  Suite à une relecture, j’ai pu constater que la vision présentée à l’époque restait totalement d’actualité.   Cette conférence avait pour objectif de répondre à la question « Quelle formation pour demain ? »

Dès le départ, l’orateur évoquait quelques chiffres très interpellant :

  • Dans une société où l’école est gratuite depuis Jules Ferry (c’est-à-dire depuis 1881 en France), l’illettrisme est passé de 10 à 17 % entre 1980 et 2005.
  • la méconnaissance lexicale s’accentue de plus en plus : 2000 mots utilisés couramment dans les années 70, 800 mots en 2005 et moins de 300 mots dans certaines banlieues.
  • A l’université, la méconnaissance syntaxique s’aggrave : dans les travaux des étudiants des années 80, 1 à 2 fautes étaient relevées par page tandis qu’à l’heure actuelle, les étudiants en commettent 5 à 6 par ligne.
  • 73 % des travailleurs utilisent l’information comme matière première.

En termes d’emploi, l’inadéquation de l’offre et de la demande est très marquante : en France, en 2008,  il y avait environ 4 millions de demandeurs d’emploi et 1,2 million d’emplois non pourvus (emplois de haut niveau et manuels).

Cela révèle à quel point notre société est paradoxale : une société basée sur l’information mais dans laquelle se développe l’illettrisme et un nombre d’emplois non pourvus malgré un taux d’inactivité élevé !

En outre, cette société souffre d’un manque total d’esprit d’entreprendre.  Le monde de l’enseignement et celui de l’entreprise ne se parle pas ce qui ne favorise pas les vocations d’entrepreneurs !

Que signifient ces différents chiffres ou constats ?

La matière première qu’il faut valoriser maintenant et dans le futur est la matière grise.  Cependant notre éducation hypertrophie le cerveau gauche (celui du raisonnement logique).  Cela doit changer profondément en fonction des 4 défis qui nous attendent :

  • la complexité de notre monde
  • l’augmentation des pénuries
  • l’augmentation de l’immatérialité
  • l’intériorisation

La complexité de notre monde

Le flot d’informations est tel qu’il nous est totalement impossible d’imaginer prendre connaissance et « digérer » toutes les informations utiles à notre activité.  Nous sommes obligés la plupart du temps d’appréhender ces informations sous forme de « digest ».  Analyser en détail ces informations s’avère totalement impossible.  Nous devrons donc de plus en plus percevoir la globalité (cf. Les principes d’une connaissance pertinente, chapitre 2 de « Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur », Edgar Morin 1999). L’intuition devient un élément essentiel de nos prises de décision stratégique.  Ceci rend donc toute sa place au cerveau droit !

L’augmentation des pénuries

Les ressources de notre planète ne sont pas inépuisables : les coûts de l’énergie, des céréales ou d’autres matières premières nous prouvent chaque jour qu’à l’avenir, nous devrons faire mieux avec moins.

L’augmentation de l’immatérialité

Que vaut aujourd’hui une idée ?  A qui appartiennent les idées ?  Une idée n’a aucune valeur si elle n’est pas partagée.  la valeur se situe dans le partage.  Une idée partagée permet de faire fructifier celle-ci sur le principe que d’une idée peuvent en naître beaucoup d’autres. Cette notion est en profonde opposition avec les théories économiques mais elle soutient d’autant plus l’importance du cerveau droit duquel émergent les idées divergentes (créatives).

L’intériorisation

L’un des défis majeurs de nos entreprises aujourd’hui est de donner du sens à leur activité.  Le travailleur doit pouvoir exprimer le « pourquoi je travaille dans cette entreprise » si l’entrepreneur veut impliquer le travailleur dans le développement de son entreprise.  Marc Halévy a, à ce propos, raconté l’histoire des trois tailleurs de pierre rencontrés au bord du chemin par un étranger.  « L’étranger demande successivement aux 3 tailleurs de pierre pourquoi ils font ce travail : le premier répond qu’il doit donner à manger à sa famille, le deuxième qu’il taille la pierre pour la rendre jolie et le troisième qu’il taille la pierre afin qu’elle puisse s’insérer dans la construction de la cathédrale qu’il montre à l’étranger ».

Cette petite histoire montre bien l’intérêt de la perception globale des objectifs de l’entreprise (l’intériorisation) pour impliquer les travailleurs. La quête de sens est bien au centre des notions de formation et d’emploi.  Le « pourquoi » doit prendre le pas sur le « comment », la finalité sur la modalité.

Quelle formation pour demain ?

De plus en plus, le terme d' »employabilité » apparaît dans tous les discours concernant le marché de l’emploi, mais il faut absolument mettre en évidence les éléments les plus importants pour demain.  Chaque individu est son propre « fonds de commerce » qui doit se réapproprier ses talents et par là-même développer sa faculté d’autonomie.

Mais qu’entend-on par « talents » ?

Auparavant, le talent était un savant mélange de formations et d’expériences que certains rapprochent des compétences.  Le développement exponentiel des connaissances rend impossible la prise de connaissance de tout comme cela a été dit plus haut.  Il est donc nécessaire d’utiliser des « digests » dont la fiabilité et la validité peuvent être mise en cause.

Comment maîtriser la connaissance à l’avenir ?

De cette question découle donc une autre interrogation : FAUT-il essayer de maîtriser la connaissance ?  La durée de vie de l’information et de la connaissance est très limitée.  Toute connaissance devient très rapidement obsolète.  Faut-il donc encore parler de compétences et, dans la même optique, doit-on encore certifier celles-ci puisqu’à peine obtenues, elles sont déjà obsolètes !

Que faut-il donc apprendre ?

Si le 20e siècle était celui des technologies, le 21e siècle sera celui des méthodes. Sur base de la célèbre phrase de Montaigne, « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine », Marc Halévy nous propose de former aux métacompétences en revisitant en profondeur nos méthodologies.  Seront donc à développer les métacompétences :

  • du langage
  • des logiques
  • de la recherche et de la validation des informations
  • d’apprendre à apprendre

Ces 4 premières métacompétences concernent le cerveau gauche tandis que les suivantes permettront de développer le cerveau droit :

  • la créativité
  • l’intuition
  • l’apprentissage de la connexion (savoir gérer ses interconnexions)
  • le langage symbolique (pouvoir utiliser des métaphores)

En conclusion de cette conférence, Marc Halévy suggère à tous les individus de s’interroger par rapport à « Qui on est, ce que l’on veut et ce que l’on peut ! » Il faut donc développer son intelligence du corps, du coeur, de l’esprit – et même de l’âme.

Plus d’infos sur Marc Halevy : http://www.noetique.eu/articles

Comments
One Response to “L’éducation et la formation de demain : développer aussi le cerveau droit !”
Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. […] This post was mentioned on Twitter by Stéphane Lambert, Odile Dupont. Odile Dupont said: La vision de Marc Halévy concernant la formation pour demain http://wp.me/pgPk3-4U […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • Blog Stats

    • 15,650 hits
%d blogueurs aiment cette page :